TO LOVE RU – Point de non-retour

A réfléchir à mon parcours de vie, je n’ai pas l’impression que mes goûts aient radicalement changés de mes premières années à aujourd’hui.
Avant même que je ne sache que cela provenait d’un pays en particulier, j’éprouvais déjà un amour pour les produits culturels provenant du Japon.
Mon évolution me paraît se contenir religieusement dans cette passion et par les embranchements qu’elle a suscités.
Je perçois différents moments importants qui m’ont amené à être le “weeb drapé“ que je suis. Et celui le plus important est sans conteste ma découverte du manga To Love Ru.
Je ne sais pas si on peut parler de puberté sage, mais j’ai l’impression qu’en termes de comportement, la seule chose claire que la puberté a provoquée chez moi a été une consommation culturelle érotique. Et c’est vraiment To Love Ru (TLR) qui a ouvert le bal.
Je pense que c’est intéressant que ce soit lui, car le protagoniste masculin principal est quelqu’un de très prude confronté du jour au lendemain à une montagne de situations érotiques. J’y trouve un certain parallèle avec l’apparition de ma puberté.
L’insertion du manga dans ma chambre de collégien et de lycéen est le fruit d’un heureux hasard puisqu’il n’aurait certainement pas pu se faire si ses couvertures étaient pourvues de personnages dénudés. Avec son gros “LOVE“, ses fonds de couleurs bien pétantes, ses personnages mignons et bien habillés, il a été conclu par ma famille qu’il s’agissait de pures objets à l’eau de rose.
Souvenir indélébile d’un préjugé de quelqu’un en voyant cette couverture dans mes mains.
Mais étaient-ils si loin de la vérité ? C’est certain que l’érotisme est un qualificatif déterminant pour définir TLR. Mais sorti de celui-ci, la romance que donne à voir le manga n’en est-il pas si loin ?
En dehors de l’érotisme, le manga accorde un véritable temps aux sentiments et au développement des personnages. TLR n’a pas que des scènes érotiques. Et je trouve intéressant comment ses absences sont nourries par ces scènes qui au contraire en possèdent.
Je pense que cet apport est un élément déterminant dans mon entrée de ce type de récits.
Ce développement est chez moi à l’initiative d’une affection proche de l’amour pour des personnages de fiction. Celle que je considère comme ma première waifu, Yami, provient justement de To Love Ru.
C’est un personnage qui est une reprise de Eve dans le manga Black Cat. Cela a le don de donner une existence au personnage qui est plutôt méta, et qui est sûrement bien approprié pour ce genre de bail ?
To Love Ru, c’est aussi pour moi une grande affaire de résistances face à la luxure, et de quelques pas faits vers elle. Dans les deux cas, je trouve que ça suscite des événements intéressants qui me plaisent et qui m’impliquent. TLR repose sur des leitmotivs érotiques que j’ai su repérer sur plein d’autres produits par la suite, mais celui-ci arrive à mon sens à dépasser les intentions lubriques reconnaissables et fait preuve d’une certaine singularité.
Au-delà du fait que le personnage masculin principal glisse effectivement sur chaque peau de banane qui traîne, c’est un personnage que je trouve bien écrit. Il a une candeur qui me plaît beaucoup, et qui est autant pour moi à la source des sentiments amoureux qui naissent autour de lui que de ses blocages sentimentaux et sexuels. Sa candeur nouée avec sa rencontre de l’extraterrestre Lala crée autant de multiples situations érotiques improbables que des réactions sérieuses face à ce dilemme.
Tout cela est imbriqué à travers un dessin qui su me toucher en plein cœur. C’est simple, depuis que j’ai découvert To Love Ru, Kentaro Yabuki est toujours resté mon dessinateur préféré. J’aurais néanmoins du mal à décrire avec de bons termes ce qui me plaît dans son travail. Il y a quelque chose qui me semble simple dans ses représentations, mais en même temps je trouve son implication dans ces dernières très détaillée. J’aime comment il travaille le relief de ses personnages, et son travail en couleurs m’épate. C’est un dessin qui me semble riche en formes, que je trouve mignon, beau comme érotique.
J’ai cet artwork depuis très longtemps en fond d’écran.
Je dirais que c’est vraiment toute cette alchimie dans TLR qui a façonné chez moi une affinité pour certains types de récits dans la pop-culture nippone.
A tort ou à raison, j’ai senti que si je voulais l’approfondir, il fallait que je poursuive un chemin sans retour dans ma vie. Constatant que cette affinité était particulièrement sujette à une division sociale, la demi-mesure ne m’est pas apparue possible.
Je pense que cette division sociale est loin d’être anodine dans mon entrée, car à l’époque je me sentais particulièrement mal dans ma peau.
Avec To Love Ru, c’était un monde différent que je découvrais. Et en m’y aventurant, je pouvais partir très loin. C’était un refuge très important.
Aujourd’hui, je ne perçois plus cette appréciation comme un échappatoire, comme quelque chose qui m’enferme hermétiquement du monde. Bien que je pense toujours qu’elle m’oppose à certaines personnes.
Je pense que c’était un bon choix. Car au-delà de ses pavés parfois teintés d’érotisme, cette route entamée avec To Love Ru m’apparaît surtout comme le premier chemin m’ayant permis de prendre les rênes de ma vie. Un chemin qui m’a fait sortir du mal-être auquel j’étais sujet et qui a su me rendre heureux.